Pour que « bien vieillir soit gai »

Avancer en âge devrait être une belle chose…

Quand avons-nous cessé de voir « la vieillesse » comme un moment des possibles, de talents à explorer, de connaissances à transmettre, de points de vue sur le monde à partager, de libertés à saisir?  Il n’y a pourtant pas d’âge pour être soi, ni pour apprendre, ni pour enseigner, ni pour aimer. Il est temps de se mélanger, entre générations, avec nos diversités. C’est exactement l’ambition de Rainbold Society.

Vieillir n’est pas un problème spécifique à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.

Pourtant, si les personnes LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transexuels et Intersexes) avancent en âge de façon tout à fait ordinaire, en souhaitant échanger, être reconnus pour ce qu’ils sont et continuer de profiter de ce que la vie a de plus beau, il faut avoir conscience que cette population est confrontée à plusieurs problématiques qui lui sont tout à fait spécifiques et qui viennent amplifier les effets néfastes de l’âgisme sociétal : homo-phobie, lesbo-phobie, bi-phobie, séro-phobie, trans-phobie…

Double ou triple peine pour ce public de séniors LGBTI !

Un isolement social renforcé

Dans les faits, les séniors LGBTI font face à une diminution graduelle de leurs tissus relationnels bien plus importante. Le rejet de l’identité de genre ou l’orientation sexuelle causent des ruptures irréparables dans les cercles familiaux, amicaux, professionnels… Suite au départ à la retraite, les séniors s’investissent souvent dans des réseaux associatifs, en dehors de leurs rôles de grands-parents. Pour les séniors LGBTI, cela s’accompagne souvent d’un « retour au placard » pour ne pas avoir à ajouter de difficulté à la sociabilisation.

  • 65% des séniors LGBTI vivent seuls (versus 15% pour les hétéros de moins de 70 ans et 55% pour les plus de 80 ans)
  • 10% ont des enfants (versus 80% pour les hétéros qui ont en moyenne 1,9 enfants et 5 petits enfants)

Stratégie d’invisibilité

En dépit de l’évolution positive des droits et des mentalités, les séniors LGBTI restent tous, plus ou moins marqués par la discrimination et inquiets quant à l’accueil et l’accompagnement qui leur seraient réservés dans une structure « hétéro-centrée ».

Une majorité préfère s’inventer une vie hétérosexuelle ou se rendre invisible pour se protéger de jugements, de propos ou actes homophobes.

Cette stratégie d’invisibilité, qui se doit d’être respectée, n’est cependant pas sans conséquence :

  • sur le plan collectif, une population invisible ne souffre pas et n’a donc aucun besoin ;
  • au niveau individuel, la non satisfaction des besoins fondamentaux de la pyramide de Maslow (sécurité, appartenance, estime de soi, auto-accomplissement) impacte directement la santé psychique de l’individu. L’homophobie doit être considérée comme un déterminant de santé.

L’homophobie doit être considérée comme un déterminant de santé.

L’isolement social et affectif n’en est qu’aggravé et les conséquences sur le bien-être, physique ou moral, accentuées. Les personnes sont « invisibilisées » dans l’espace public : la diversité de points de vue, d’expériences et d’attentes sont ignorées et la vie collective en est appauvrie.

Témoignages

Durant l’été 2017, nous avons été à la rencontre de nos bénéficiaires et avons mené des entretiens, en face-à-face, ou à distance, pour mieux comprendre leur vécu et leurs problématiques.

Voici ce que nous avons entendu :

« Quand on est vieux, on n’a plus droit à la parole. Alors en plus quand tu es gay ! »

« On a l’impression qu’on n’existe plus. »

« Je me replie sur moi, j’ai tellement peur qu’on découvre que je sois lesbienne. »

« J’ai passé ma vie à cacher mon homosexualité. »

« Oui, mon homosexualité est connue et m’isole. Ça ne passe pas très bien. »

« C’est plus compliqué, on ne me regarde plus beaucoup telle que je suis vraiment. »

« Ce qui me manque le plus, c’est d’avoir une partenaire de vie. »

« J’aimerai rencontrer des gens de mon âge… mais ils ne sortent plus et se rendent invisibles. »

« Sans lien social ou sans activité collective, tu crèves… »

« Le fait de ne pas avoir d’enfant est difficile à vivre… la société te renvoie que tu n’es pas une femme accomplie. Tu es une paria, car tu n’as pas accompli ta mission (indépendamment de ton orientation sexuelle) c’est extrêmement violent… on t’enlève une partie de ton statut social »

« Quand je vois quelqu’un qui me plaît, je ne bouge pas, j’ai peur de l’insulte ou du coup de poing. » 

« Je ne me sens pas en sécurité, j’ai peur d’être jugé ou victime d’actes ou de propos homophobes. » 

« Je suis très inquiet quant à l’accueil qui me sera proposé dans une maison de retraite hétéro, si je deviens dépendant . » 

Découvrez la première interview de Stéphane Sauvé, le fondateur, réalisée par Ticket for Change lors du Ticket Tour.